Halte au gaspi alimentaire

Halte au gaspi alimentaire

Mes habitudes d’achat

Le premier volet de notre série consacrée à ce sujet commence au début du processus: les courses. Je me suis interrogée sur mes propres pratiques en la matière: mes courses je les fais à quel moment, à quelle fréquence et où? Quel est mon budget et quel attachement ai-je avec les produits?

Comme la plupart d’entre nous, j’ai pour habitude de faire mes emplettes au supermarché du coin, car de nos jours les petites surfaces proposent une variété de produits relativement grande. Le rayon fruits et légumes regorge de variétés qui ne sont pas du tout de saison, ce qui ne les empêche pas d’avoir un aspect naturel. La moindre promotion est l’occasion de remplir encore davantage mon panier de courses et d’allonger ma liste d’achats initialement prévue. Moi non plus, je ne suis pas à l’abri des achats spontanés. Dans les rayons du supermarché, je suis en effet fortement influencée. Je suis assaillie par des publicités sous forme d’affiche ou de messages audio, je suis attirée par l’odeur du pain frais et alors que je ne voulais acheter que des chips tortillas, je me retrouve avec un pot de sauce dans mon charriot. Lorsque tous mes articles sont scannés, je suis surprise du prix qui dépasse mon budget initial. Arrivée chez moi, je suis énervée de m’être laissée tenter par des articles en promotion dont je n’ai aucunement besoin. Au cours des prochains jours, je vais devoir consommer tous ces produits pour qu’ils ne se gâtent pas. Je n’avais pas pris en compte mes sorties au restaurant ni les invitations que je dois honorer. La date de péremption des denrées achetées approche. Celles-ci traînent dans le réfrigérateur. Elles finissent par atterrir à la poubelle. Après tout, elles n’ont pas coûté grand-chose.

J’essaie une nouvelle stratégie et décide d’éviter les allées du supermarché lors de mes prochaines courses. Je choisis alors une grande exploitation agricole avec un magasin, car je n’ai pas non plus l’intention de renoncer à certains produits. Quelques jours plus tard, je prends le tram en direction d’une ferme bio située aux abords de la ville. Les produits ne proviennent pas tous de cette ferme mais ils sont tous issus d’exploitations suisses. Je suis immédiatement étonnée par le choix restreint de yaourts. Un soulagement auquel je ne m’attendais pas! Quatre variétés de yaourt sont proposées en rayon et à vrai dire cela suffit. Cette visite à la ferme est l’occasion pour moi d’apprendre quels sont les légumes de saison. Il y en a de différentes tailles et de différentes formes, comme ils poussent dans la nature en fin de compte. La ferme propose également des légumes transformés. En plus des betteraves crues, il y a aussi des betteraves en conserve ou préparées sous forme de chutney. Tout ce qui pousse dans un champ est exploité. Ma liste de courses s’en trouve étonnement réduite. Parce qu’ils ne contiennent aucun exhausteur de goût ni additif alimentaire, les produits ont une durée de conservation limitée. Les mains du monsieur derrière le comptoir ne laissent aucun doute qu’il travaille la terre. Authenticité garantie! Nous engageons la conversation.

Mes courses durent un peu plus longtemps que dans un supermarché. Le fermier m’a expliqué les valeurs qui sont les siennes dans son exploitation, que les engrais et pesticides ne sont pas utilisés dans ses champs, qu’il ne pratique pas la monoculture, ce que les animaux mangent ou bien encore à quelle fréquence ils sont en extérieur. Je paie avec le sentiment que les produits en valent le prix et que mon argent arrive au bon endroit. De retour chez moi, je range mes emplettes avec le plus grand soin. J’ai un lien avec les produits et vois le travail fourni. J’en ressens un profond respect et une grande estime pour la nature. Je me réjouis déjà de les cuisiner. Il est clair que j’aurai bien du mal à les jeter. Je souhaite impérativement trouver une manière de cuisiner tous les produits ou bien de les conserver ou congeler, si je ne sais pas quoi préparer à manger. Ma poubelle pour les déchets organiques reste vide cette fois-ci.

La conclusion de cette expérience: je respecte et estime davantage les produits que je consomme si j’ai un lien avec eux. Faire mes courses chez le paysan du coin prend donc tout son sens pour moi. Il semblerait que la ferme bio se soit faite une nouvelle cliente.

Auteur: Karin Meier,  propriétaire et gérante de Zum guten Heinrich